De la bière à l'auréole

De la bière à l'auréole

De la bière à l’auréole : les aléas de la couronneCorona Flaschen Extra 6x355 cl N 002.xxl3

Jusqu’à il y a peu de temps, le mot Corona faisait penser spontanément à une bière mexicaine, symbole d’insouciance et de bon temps partagé.

Mais depuis quelques mois, tout le monde sait que ce mot latin signifie « couronne », et le moins que l’on puisse dire, c’est que cet apprentissage ne s’est pas fait de gaieté de cœur.

Le virus couronné

Traditionnellement, la couronne est l’attribut des rois et des reines, le symbole de leur pouvoir. Et il est indéniable qu’en matière de pouvoir le Coronavirus s’est imposé sans coup férir. Son influence s’est étendue en quelques mois sur le monde entier. Les plus puissants ont plié le genou face à lui. Qu’ils s’appellent Xi Jinping, Trump, Johnson ou Poutine, ils se sont tous inclinés devant ce virus et sa couronne, sans que personne ne parvienne à le maîtriser, ni à l’arrêter. Coronavirus

Souverain tyrannique, ce roi malgré lui a détruit des vies, des économies, des projets et a imposé sa loi à des milliards d’êtres humains. Il manifeste son autorité en faisant régner la peur et l’isolement. Il frappe de façon aléatoire. Imprévisible et invisible, il dicte sa loi et ses règles : distanciation sociale, gestes barrières, port du masque. Malheur à qui ne les respecte pas ! Les piques de la couronne du virus auront tôt fait de s’attaquer aux rebelles et de les terrasser.

La couronne d’épines

Fra AngelicoA cette royauté inhumaine, aveugle et blessante, l’Evangile oppose quant à lui une royauté meurtrie : celle du Christ couronné d’épines.

Cette couronne d’un genre inédit a été posée sur la tête de Jésus par les soldats romains pour se moquer de lui, quelques heures avant sa  mort en croix. Elle signifie ainsi une royauté blessée, impuissante, méprisée. Mais une royauté quand même, qui s’étend à leur insu jusque  sur ceux-là même qui s’en moquent.

C’est la couronne de la dignité humaine bafouée, mais ineffaçable. Ses épines transpercent la chair des victimes innocentes, tout comme      celle des justes dans leurs combats éperdus pour faire face au mauvais sort, pour soulager les souffrances, pour répandre compassion et      fraternité au cœur du malheur. C’est la couronne portée aujourd’hui avec courage par les malades et avec fierté et obstination par les            soignants - témoins de souffrances face auxquelles ils se sentent parfois totalement démunis, notamment lorsque la maladie aboutit à la        mort. Cette couronne qui blesse ceux qui la portent aux côtés du Christ, elle montre à voir une royauté paradoxale, apparemment                  impuissante, et en même temps d’une force inaltérable.

Comme l’écrivait le mystique Maurice Zundel : « Jésus couronné d’épines ne prétend pas rivaliser avec l’immense souffrance du monde. Il  s’y engouffre humblement et transforme alors, de l’intérieur, la mort et le mal en puissance de vie. Absorbons en nous la force de sa              douceur : elle nous fera délier toutes les chaînes. Alors ce visage couronné d’épines nous communiquera sa lumière, la lumière même du      Visage de Dieu. »[1]

La couronne de gloire Christ Pantocrator

Car cette couronne a elle-même été transformée lors du matin de Pâques. De couronne d’épines, elle est devenue alors couronne de gloire. L’épître aux Hébreux affirme en effet que « Jésus a été couronné de gloire et d’honneur à cause de la mort qu’il a endurée. » (Hébreux 2.9) 

Si la couronne d’épines signifie la solidarité du Christ avec les souffrances endurées par les humains, la couronne de gloire atteste quant à elle du passage victorieux que le Christ sorti du tombeau offre à tout un chacun. Elle affirme la puissance de cette vie donnée, toute empreinte d’amour, capable de transformer les situations les plus difficiles en chemins lumineux.

Dans la peinture classique, la couronne de gloire du Christ ressuscité se représente très souvent sous la forme d’une auréole. La couronne d’épines y est cependant toujours présente sous l’aspect de la croix, caractéristique de l’auréole qui orne la tête de Jésus. La couronne de gloire est bien la couronne d’épines ressuscitée, transfigurée.

La couronne de vie

Soignant 2Cette couronne de gloire, tout comme sa résurrection, le Christ la partage avec ses sœurs et frères en humanité. Dans le livre de l’Apocalypse,     Jésus s’adresse en effet à son peuple en lui disant : « N’aie pas peur de ce que tu vas souffrir. Sois fidèle jusqu’à la mort et je te donnerai la           couronne de vie. » (Apocalypse 2.10)

Cette couronne de vie offerte par le Christ, on la représente également souvent dans la peinture classique sous la forme d’une auréole peinte au-  dessus des visages des croyants. Mais on la voit aussi, cette auréole, dans les visages lumineux de celles et de ceux qui rayonnent, comme        transfigurés par un amour profond. Telle une aura qui émane du fond de leur être, nous les voyons rayonner presque malgré eux au cœur même du combat qu’ils mènent contre les malheurs, notamment ceux provoqués par le virus couronné.

Face aux ténèbres de la maladie, de la mort et de la peur qui caractérisent le règne du virus, portons donc fièrement cette couronne de vie qui fait briller une lueur tenace de fraternité, d’amour et d’espoir au cœur de la nuit !

Christian Vez, le 25 avril 2020

 

[1] Maurice Zundel « Ton visage, ma lumière » Mame

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