Brame du cerf

Faire face au coronavirus avec le psaume 91

Quelles ressources mettre en oeuvre pour faire face à la pandémie du coronavirus?

En réponse à cette question, j’ai entendu plusieurs personnes me conseiller de relire le psaume 91.

Que dit donc ce psaume ? Il s’agit d’une magnifique prière de confiance qui parle du Dieu Très-Haut comme d’un refuge qui « délivre le fidèle du filet du chasseur et de la peste pernicieuse. »

Du coup, contrairement aux incroyants qui se retrouvent à la merci de mille maux, le croyant peut compter sur Dieu : « car il chargera ses anges de te garder en tous tes chemins. Ils te porteront dans leurs bras pour que ton pied ne heurte pas de pierre ; tu marcheras sur le lion et la vipère,
tu piétineras le tigre et le dragon. » (Versets 11-13, traduction TOB)

Dangers d’une lecture trop immédiate

Malgré sa profondeur et sa beauté, je dois avouer qu’il m’est difficile de transposer sans autre la prière du psaume 91 à la situation que nous sommes en train de vivre avec la pandémie de coronavirus. D’ailleurs le virus touche indifféremment croyants et non-croyants et ce serait une grave erreur de croire que la foi protège du virus et de la maladie.

Mais il ne faut pas pour autant évacuer le Psaume 91 de l’éventail des ressources spirituelles que la Bible nous propose en ces temps troublés. Voici pourquoi.

La carte d’Etty Hillesum

Personnellement, j’ai découvert ce psaume grâce à Etty Hillesum. Etty était une jeune femme hollandaise de tradition juive. Elle est morte à Auschwitz en automne 1943. Son journal intime ainsi que des lettres qu’elle a écrit à ses proches nous sont parvenus et témoignent de son étonnante évolution spirituelle.

Le dernier écrit d’Etty qui a été retrouvé, c’est une simple carte postale. Cette carte a été rédigée dans le train qui emmenait la famille Hillesum du camp de transit de Westerbork au camp d’extermination d’Auschwitz. Jetée depuis le train, la carte a été retrouvée par des paysans hollandais qui l’ont envoyée à Christine van Nooten, selon l’adresse inscrite par Etty sur la carte.

On peut y lire ceci :

« Christine j’ouvre la Bible au hasard et trouve ceci : « Le Seigneur est ma chambre haute. » Je suis assise sur mon sac à dos, au milieu d’un wagon de marchandises bondé. Papa, maman et mon frère Mischa sont quelques wagons plus loin. Le départ est tout de même venu à l’improviste. Ordre subit de La Haye, spécialement pour nous. Nous avons quitté ce camp en chantant, père et mère très calmes, Misha également. Nous allons voyager trois jours. Merci de tous vos bons soins. Un au revoir de nous quatre, Etty. »

La chambre haute d’Etty

« Le Seigneur est ma chambre haute. » Même si cette phrase ne correspond pas exactement au texte du Psaume 91, la plupart des experts s’accorde pour dire qu’Etty se réfère ici au verset 9 de cette prière, qui affirme : « Tu as fait du Très-Haut ta demeure. »

Ce qui frappe surtout à la lecture de la carte d’Etty, c’est la sérénité qui s’en dégage. Elle savait pertinemment que le train dans lequel elle avait été embarquée l’emmenait vers une mort certaine et de grandes souffrances. Sa foi ne l’a jamais conduite à espérer réchapper à ce qu’elle appelle elle-même « un destin de masse. » Mais sa foi lui a permis d’affronter ce destin de façon particulière, sans panique, dans un rayonnement et un amour de la vie qui impressionnent.

Notre chambre haute

Face à la pandémie, je nous invite à prier le psaume 91 d’une manière semblable à celle d’Etty Hillesum.

La chambre haute dans laquelle le Très-Haut nous abrite n’est pas une forteresse sanitaire qui nous mettrait à l’abri de la maladie, mais elle est le lieu intérieur dans lequel nous cultivons notre confiance dans la bonté de Dieu pour nous et pour les autres quoi qu’il nous arrive. Et que Dieu nous donnera les forces nécessaires pour affronter cette épreuve.

Un autre texte d’Etty à méditer

Le 20 juin 1942 :

« Ce matin en longeant à bicyclette le Stadionkade, je m’enchantais du vaste horizon que l’on découvre aux lisières de la ville et je respirais l’air qu’on ne m’a pas encore rationné. Partout des pancartes interdisaient aux Juifs les petits chemins menant dans la nature. Mais au-dessus de ce bout de route qui nous reste ouvert, le ciel s’étale tout entier. On ne peut rien nous faire, vraiment rien.

On peut nous rendre la vie assez dure, nous dépouiller de certains biens matériels, nous enlever une certaine liberté de mouvement tout extérieure, mais c’est nous-mêmes qui nous dépouillons de nos meilleures forces par une attitude psychologique désastreuse. En nous sentant persécutés, humiliés, opprimés. En éprouvant de la haine. En crânant pour cacher notre peur. On a bien le droit d’être triste et abattu, de temps en temps, par ce qu’on nous fait subir : c’est humain et compréhensible. Et pourtant la vraie spoliation c’est nous-mêmes qui nous l’infligeons.

Je trouve la vie belle et je me sens libre. En moi des cieux se déploient aussi vastes que le firmament. Je crois en Dieu et je crois en l’homme. »

Etty Hillesum, « Une vie bouleversée », Editions du Seuil

Psaume 91 réécrit par Christian Vez

Et enfin ma réécriture personnelle du psaume 91, inspirée par Etty Hillesum et par Christian Bobin, auteur du « Très-Bas » (Editions Gallimard)

Bien à l’abri dans la cachette du Très-Bas, protégé par son ombre plus grande que les montagnes, je murmure à son oreille :

« Tu es mon camp retranché, l’endroit où je me sens totalement en sécurité. »

Car c’est vrai : je peux compter sur lui en toute confiance.

Comment pourrais-je te décrire qui est mon Dieu ?

Je te dirais simplement que c’est lui qui te tire d’affaire quand tu es mal pris, et qu’il te préserve de tout ce qui cherche à te démolir.

Il t’abrite sous son aile, et t’y garde bien au chaud.

Avec force, avec constance, il te protège tout en délicatesse.

Tu n’as plus à redouter les cauchemars de la nuit, ni de devenir la cible de snipers en plein jour. 

Tu n’as plus à craindre les rumeurs sournoises ni les diffamations tapageuses.

Si tout devait s’écrouler autour de toi, et que plus personne ne se trouvait en mesure de faire face à la situation, toi, tu resterais serein.

Regarde un peu autour de toi, et vois ce qu’il advient des gens sans foi ni loi ! C’est une catastrophe.

Heureusement que tu es là mon Dieu, car tu es ma véritable assurance vie.

Comment cela se peut-il ?

Eh bien, si tu fais de Dieu Très-Bas ta chambre haute, si tu te sens en lui comme à la maison, alors aucun mal ne saurait t’anéantir.

Car Dieu chargera ses messagers de te garder où que tu ailles.

Ils te porteront à bout de bras pour que tu ne trébuches pas.

Grâce à eux, tu piétineras allégrement les langues de vipère, tu cloueras le bec des forts en gueule, tu terrasseras ceux qui cherchent à te terroriser.

Car c’est Dieu lui-même qui le dit :

« J’agis en faveur de celui qui s’est épris de moi.

Je lui donne accès au meilleur de lui-même, celui qui cherche à me connaître en profondeur.

Je réponds à ses appels. Plus encore, je le fortifie lorsqu’il n’en peut plus.

Je le mets en sécurité, car je lui accorde beaucoup d’importance.

Jour après jour, je lui donnerai ce dont il a besoin pour vivre en lui faisant découvrir comment je prends soin de lui. »

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