Restez à la maison

Du bon usage de la crise

Faire l’expérience d’un jeûne social

En ces jours où nous ressentons intensément notre impuissance, où nous redoutons la propagation sournoise du virus et la mort qui rode de manière invisible autour de nous, la question se pose : comment faire bon usage de cette crise que nous traversons les uns et les autres en solitaire ?

Suffit-il de faire le dos rond, d’attendre que ça passe, de nous recroqueviller chacun dans nos cocons ?

Au-delà du soutien au personnel soignant et à tous ceux qui sont sur le front pour nous permettre de vivre malgré tout, que pouvons-nous apprendre de ces moments ?

Un jeûne social imposé

Alors que nous vivons le temps du Carême, qui est traditionnellement une période de renoncement, d’épuration et de recentrage sur l’essentiel de nos vies, voici que cette crise nous plonge dans un renoncement inimaginable il y a encore quelques jours : plus de contacts, plus de sorties, plus de rassemblements : comme un grand jeûne de tous ces liens que nous vivons d’habitude sans même nous rendre compte de leur importance.

Fort heureusement, pour pallier ce manque, nous multiplions les appels téléphoniques, les messages et les conférences vidéo. Nous ne pouvons qu’être reconnaissants envers ces moyens techniques qui nous permettent de rester en relation virtuelle malgré tout. Mais une distance de deux mètres et les recommandations nous intimant de rester chez nous nous privent du bonheur de véritables rencontres.

Nous ressentons la difficulté de ne pouvoir approcher ceux que nous aimons, de ne pas pouvoir les embrasser, ni leur manifester notre affection.

Comment donc vivre ce jeûne particulier… ?

Lorsqu’on entreprend un jeûne de nourriture, il ne s’agit pas de se mettre à détester subitement les aliments que nous mangeons en temps ordinaire. Bien au contraire, il s’agit de renouveler, par l’expérience de la privation de nourriture, la relation que nous avons avec les aliments. Dit autrement, le jeûne de nourriture nous pousse à nous rappeler que notre pain quotidien est un don et non pas un dû.

Il pourrait en aller de même sur le plan relationnel en cette période de jeûne social imposé. L’absence forcée de rencontres nous conduit à prendre conscience que tous les liens tissés avec des êtres chers sont des cadeaux qui nourrissent nos êtres intérieurs.

Tandis que nous ressentons le manque de ces personnes, nous pouvons éprouver en même temps une profonde reconnaissance pour tous ces visages aimés et aimants.

Manque des autres, manque de Dieu

Mais cette expérience peut même aller plus loin.

De même qu’un jeûne de nourriture s’assortit souvent d’une dimension spirituelle, le manque de la présence physique des autres peut nous amener à ressentir le manque de la présence de Dieu lui-même, l’Autre par excellence.

C’est l’auteur du psaume 42 qui exprime à mon sens le mieux ce manque. Pour crier sa souffrance de ne pouvoir désaltérer sa soif de Dieu, le psalmiste se compare à un cerf assoiffé dont la souffrance s’exprime au travers des cris rauques du brâme.

Sa prière commence en effet ainsi :

 « Comme le cerf brâme sur les eaux du ruisseau, ainsi mon être brâme vers toi, Dieu »

Désespéré, il ajoute :

« Quand pourrais-je enfin entrer dans son temple et me présenter devant lui ? »

Pour supporter l’insupportable de ce manque, on le découvre ensuite en train de s’encourager par le bais des souvenirs lumineux qui continuent de l’habiter dans son exil forcé, puis en s’obligeant à se forger une espérance envers et contre tout :

« A quoi bon me désoler, à quoi bon me plaindre de mon sort ? Mieux vaut espérer en Dieu et le louer à nouveau, lui, mon Sauveur et mon Dieu. »

Le psaume se termine d’ailleurs avec cette injonction. On ne saura jamais si celui qui l’a composé aura vécu la joie des retrouvailles et les effusions qui les accompagnent.

Mais son expérience du manque donne un éclairage stimulant à notre jeûne forcé.

La présence des autres, la présence de Dieu lui-même ne sont pas des dus, mais des dons.

Il est bon de nous en rappeler en attendant les retrouvailles.

Dans la reconnaissance et dans l’espérance.

Bon jeûne à tous !

Ma réécriture Psaume 42.1-6

Je suis comme un cerf à bout de force. Oui, comme un cerf déshydraté qui brame à la mort en cherchant désespérément un cours d’eau. Comme lui, ma gorge se dessèche en cris rauques à force de te chercher mon Dieu.

J’ai soif. J’ai tellement soif du Dieu vivant.

Quand donc arriverai-je enfin devant lui ?

Jour et nuit, je ne me nourris que de larmes à force de m’entendre dire : « Ton Dieu : mais où est-il donc ? »

Je me souviens – et ça me fait tellement de bien – je me souviens du temps où je franchissais la porte qui me conduisait chez lui.

Je me souviens des cris de joie, des chants, de l’ambiance incroyable qui régnait alors au sein de la foule en fête.

Allez ! Cesse de te replier sur toi-même ! Cesse de te plaindre de ton sort !

Attends-toi à Dieu !

Malgré tout ! Malgré toi ! Malgré lui !

Oui, envers et contre tout, je veux croire que je le chanterai à nouveau, et qu’il agira encore pour moi.

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