Toutes sortes de questions se posent à propos de l’apparition du coronavirus. Est-il porteur d’un message ? Faut-il se contenter de le combattre ou doit-on en comprendre quelque chose ? Se pourrait-il que Dieu se serve de ce virus pour dire quelque chose aux humains ?
Une visite au musée
Pour tenter d’avancer dans ces questions difficiles, je vous propose de partir visiter le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, et plus particulièrement la salle où se trouve exposé le tableau intitulé « Le sacrifice d’Abraham ».
Rembrandt y a représenté la scène décrite dans le livre de la Genèse[1], où l’on voit Abraham obéir aveuglément à l’ordre divin d’offrir son fils Isaac en sacrifice. Sa main gauche tient fermement la tête d’Isaac, tandis que sa main droite est retenue in extremis par un ange. Le couteau s’échappe de la main d’Abraham et l’ange le tance de sa main gauche d’avoir tenté ce geste fou.
C’est le dramaturge libanais Wajdi Mouawad qui m’a conduit à méditer ce tableau. Dans son journal de confinement[2], il tire un parallèle entre Abraham et notre mode de vie. Comme lui, il nous décrit prêts à sacrifier la vie des générations futures sur l’autel de notre obéissance au dieu de la consommation effrénée. Il se demande quel ange serait capable d’arrêter notre comportement insensé. Il va même jusqu’à se poser la question de savoir si le coronavirus ne serait pas une figure de l’ange exterminateur que l’on trouve dans certains passages bibliques. Il s’interroge : « Et si le virus était un ange arrêtant notre bras sur le point d’égorger ce qui nous était le plus cher ? Et si cet ange exterminateur était en train de nous dire quelque chose d’immense ? »
Personnellement, je me refuse à croire que le coronavirus soit en lui-même porteur d’un quelconque message. C’est à mes yeux un phénomène dramatique, comparable par exemple à l’éruption d’un volcan ou à un tremblement de terre. Mais la Bible affirme justement fort à propos que « le Seigneur n’est pas dans le tremblement de terre » (1 Rois 19,11)
Mais si le phénomène du coronavirus ne véhicule en lui-même aucun message, cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y ait rien à apprendre de la crise qu’il a provoquée.
Les changements de mode vie qu’il a occasionnés s’apparentent à une sorte de grand retournement : toutes nos habitudes se sont trouvées chamboulées, renversées.
Une invitation à se retourner
Ce renversement n’est pas sans faire écho à celui auquel le Christ nous invite.
Car le message du Christ est fondamentalement celui d’un renversement. « Convertissez-vous car le Royaume des cieux est proche ! »[3] disait en effet Jésus. On pourrait aussi traduire « Faites demi-tour ! car Dieu et son amour se tiennent juste derrière vous. »
On ne saurait trop conseiller au visiteur du musée de l’Ermitage d’appliquer cette recommandation à la lettre et de se retourner. En se retournant, il découvrirait alors un autre tableau de Rembrandt, intitulé « Le retour de l’enfant prodigue ».
"Le retour de l'enfant prodigue"

On y voit la représentation d’une autre scène biblique[4] présentant un père et son fils, dans une attitude toutefois bien différente. A la violence et à l’urgence du premier tableau répondent ici la tendresse et l’émotion des retrouvailles.
A l’instar du fils revenant vers son père dans l’extrême confusion d’avoir dilapidé tous les biens qu’il avait reçus, nous sommes certainement invités à nous agenouiller nous aussi devant ce Père qui nous accueille en nous embrassant. Plus qu’à un simple retournement des pieds, on assiste là à un retournement du cœur. En retrouvant les bras aimants d’un Père qui nous accueille quoi qu’il en soit, nous pouvons porter un nouveau regard sur Abraham et son obéissance mortifère au commandement qui lui ordonnait de sacrifier son propre fils.
Le bras de l’ange n’est toutefois plus celui d’une menace, mais celui qui exprime une douceur et un accueil inconditionnel.
Changer de comportement, non par peur mais par amour
Alors non, le virus ne nous a certainement pas été envoyé par Dieu pour nous mettre en garde. Mais oui, nous pouvons faire de cette crise l’occasion d’un retour dans les bras accueillants de notre Père céleste.
Et nos comportements de changer non plus par peur, mais par amour.
Et de nous mettre à construire un monde pour nos enfants empreint de cette douceur et de cet accueil que nous avons reçus.
Ma réécriture du Psaume 113, 4-9
Dieu est le véritable maître de l’histoire du monde. Sa présence est plus vaste encore que l’univers tout entier.
Il est à nul autre pareil.
A la fois très-haut et très-bas.
Il s’agenouille auprès de celui qui a mordu la poussière, pour l’aider à se relever. Il relève le pauvre bien au-dessus du tas d’ordures sur lequel il vivait.
A ses yeux, il est l’égal d’un prince. Il lui témoigne de la même considération qu’aux puissants de ce monde.
Il fertilise la vie de celles et ceux qui se sentent inutiles. Les voilà débordants de vitalité.
Dieu soit loué !
[1] Genèse 22
[2] Wajdi Mouawad, journal de confinement du vendredi 20 mars https://soundcloud.com/user-308301388
[3] Marc 1,15
[4] Luc 15, 11-32

