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Après la crise, revivre comme avant ?

Si vivre comme avant la crise n’est raisonnablement pas envisageable et vivre comme pendant la crise manifestement pas tenable, comment allons-nous vivre après la crise ?sortie de crise 26 12 08

Le confinement : dur pour le moral, mais bon pour la nature

Tout d’abord un constat personnel : durant ces jours très particuliers, je réalise que j’ai une difficulté énorme à me projeter vers l’avenir. Les projets futurs paraissent quelque peu irréalistes en ces temps où tant de choses ont l’air comme figées, me figeant peu à peu moi aussi.

Le moment présent est lourd et difficile : la maladie invisible rode et frappe sournoisement. Et les personnes atteintes se terrent chez elles ou à l’hôpital. Certaines meurent en solitaire et les cérémonies de deuil sont quasiment impossibles à mettre sur pied.

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Et pendant ce temps, le printemps éclate de toute part et la nature respire. Depuis chez moi, j’observe l’éclosion des fleurs sur les arbres et dans les champs, ainsi que les ballets aériens des oiseaux qui survolent la situation d’un air dédaigneux. L’autre matin, un renard me regardait par la fenêtre d’un drôle d’air, presque narquois. Il semblait me dire : reste chez toi ! c’est beaucoup mieux pour moi.

Cette sorte de revanche de la nature sur l’emprise des humains me réjouit et m’interroge en même temps. Elle me réjouit lorsque je vois les photos satellites de la Chine et du nord de l’Italie qui montrent que la pollution atmosphérique s’est dissipée au-dessus des villes confinées.

Mais cette revanche m’interpelle aussi, car elle me pousse à me demander comment vivre l’après Coronavirus.

L’activité humaine, fruit de la voracité humaine

Plusieurs analystes mettent en effet en corrélation l’émergence du virus et la déforestation. Un article récent du Courrier International nous apprend par exemple que « l’apparition de ces étonnants agents pathogènes nouveaux, comme le coronavirus responsable du Covid-19, n’est rien d’autre que le résultat de l’anéantissement des écosystèmes, dont souffrent en particulier les zones tropicales, où ils sont détruits pour faire place à des monocultures intensives industrielles. L’émergence de ces maladies découle aussi de la manipulation et du trafic de la faune et de la flore sylvestres, souvent menacées d’extinction »[1] La voracité humaine semble ainsi ne pas être totalement innocente face à la crise du moment. Comment faire alors pour ne pas retomber dans les travers de nos modes de vie si destructeurs pour la vie sur notre planète et pour notre propre survie ? Comment éviter l’émergence de nouveaux virus ou d’autres plaies qui s’abattraient sur notre humanité en péril ?

Il s’agirait de trouver un mode de vie qui nous protège des catastrophes provoquées tout ou partie par nous-mêmes.

Ce qui paraît certain, c’est que si nous nous contentons au sortir de cette crise de vivre comme avant, alors nous contribuerons à accélérer l’émergence de ce type de crise.

Mais il ne nous est pas possible de vivre à terme dans ce confinement pourtant salutaire à la nature.

Il nous faudra donc inventer un « après crise du Coronavirus ».

Imaginer l’après sous l’impulsion de François d’Assise

Statue Francois dAssisePour nous aider à l’imaginer, j’aimerais nous inviter à écouter un éclat de rire. Un éclat de rire qui résonne depuis plus de 800 ans dans les collines d’Ombrie. C’est le rire de François d’Assise qui m’aide aujourd’hui à penser l’avenir. Il est bon de l’entendre. Et plus encore, il me pousse à imaginer ma vie future en m’inspirant de la manière dont il a habité joyeusement les vœux traditionnels des ordres religieux que sont la pauvreté, la chasteté et l’obéissance.

Voici là trois termes bien austères j’en conviens. Mais ces trois mots se sont pourtant mis à danser sous l’impulsion de François d’Assise. Voici comment :

Pauvreté - simplicité

La pauvreté tout d’abord. A l’image d’un chevalier amoureux de sa belle, François était amoureux de Dame pauvreté. Il s’est fait un point d’honneur à ne plus rien posséder par amour pour elle, ce qui lui a donné une liberté folle. Ayant rendu à son père jusqu’aux habits qu’il portait, il est parti, nu, en chantant, sur les chemins.

Sans doute aurait-il été interné aujourd’hui.

Mais sa pauvreté interpelle nos modes de vie. Sans aller jusqu’à nous dévêtir à notre tour, j’y vois une invitation à la simplicité. Nos expériences personnelles nous montrent d’ailleurs bien que c’est dans la simplicité que se vivent les vraies rencontres, les moments qui comptent et qui nous mettent en route. Retrouver le goût d’une vie simple, centrée sur l’essentiel. Pour François, c’était l’amour du Christ et de ses frères.

Et je me plais à imaginer la saveur renouvelée des retrouvailles à l’issue de cette crise. Et si nous nous mettions à réinventer ensemble, comme François et les siens, un mode de vie qui nous permettrait de cultiver la joie partagée dans la simplicité respectueuse les uns des autres et de l’ensemble du vivant qui nous entoure ?

Chasteté - limpidité

Cela passe notamment par la chasteté. D’habitude ce mot est lié à l’abstinence de relations sexuelles. Ce qui est effectivement le cas dans les ordres monastiques. Mais lorsqu’il parle de la chasteté, François ne la relie étonnamment pas à la sexualité, mais à l’eau.

Dans son cantique des créatures, il écrit en effet :

« Loué sois-tu, Seigneur, pour notre sœur l’eau, qui est très utile et très humble, Lavage mains et chaste »

Que voulait-il dire par là ? On le voit bien dans ces jours où nous nous lavons constamment les mains. L’eau est non seulement claire et pure, mais elle contribue à nous purifier des éventuels virus qui transiteraient sur nos mains.

Et nous pourrions y trouver une indication nous aidant à imaginer ce à quoi pourrait ressembler la chasteté. Quel bonheur ce serait en effet – en tout cas pour moi ! - de pouvoir devenir de plus en plus limpide et clair comme de l’eau ! Et quel bonheur aussi de pouvoir contribuer à clarifier, à purifier notre environnement par notre propre limpidité ! Mais cela ne va pas sans discipline, car de même qu’il suffit de peu pour polluer une eau pure, il suffit de peu pour polluer les meilleures intentions.

Obéissance - ténacité

Et l’on en arrive ainsi au dernier des vœux monastiques revisité par François qui est celui de l’obéissance. Les religieux avec qui j’ai eu l’occasion d’en discuter m’ont tous dit que c’était là le vœu le plus difficile à mettre en pratique.

François a réussi non sans mal à conjuguer obéissance et liberté. Pour ce faire, il a désobéi à son père, il s’est mis à dos bon nombre de gens qui voyaient d’un mauvais œil ce jeune parvenu se mettre à bousculer l’ordre établi.

L’obéissance fondamentale de François a été une obéissance à la parole du Christ entendue dans l’église Saint-Damien : « Mon Eglise tombe en ruine, restaure-là ! »

On pourrait entendre une parole semblable aujourd’hui, nous disant en substance : « Ma création tombe en ruine, restaurez-là ! »

A force d’obstination, de persévérance et de ténacité, il a fini par convaincre le pape de le laisser vivre son projet.

Comment allons-nous vivre après la crise ?

Il n’y a pas besoin d’attendre la fin de cette crise pour suivre les trois axes issus de la tradition monastique, habités de manière totalement libre et joyeuse par François.

Si les mots de pauvreté, de chasteté et d’obéissance résonnent de manière trop austère à nos oreilles, je les traduirais volontiers par simplicité, limpidité et ténacité :

Simplicité et profondeur des rencontres, limpidité des paroles et des actes, ténacité dans l’engagement à oser nager à contre-courant du consumérisme dévastateur.

Ces attitudes, nous pouvons les cultiver dès maintenant pour que, telles les graines que nous semons dans nos jardins en ce début de printemps, elles s’épanouissent au soleil du monde renouvelé que nous serons intimés de construire à la sortie de cette crise.

Pour notre bonheur et pour le salut du monde !

Prière (écrite par sœur Isabelle Donegani, sœur de saint-Maurice à la Pelouse sur Bex)

Seigneur, fais-toi présent, à travers nos œuvres et nos mains, nos humbles soutiens !
Fais-toi à travers nous le bon samaritain des corps abîmés, des âmes désarçonnés,
des cœurs lacérés, des esprits apeurés.

Que nos réflexes et compulsions de consommation tout azimut se trouvent à être transformés en soif de sobriété, en désir de partage, à la mesure de nos forces et possibles implications, de dépouillements devenus sains et naturels ;
À la mesure aussi de nos cœurs ouverts à plus vaste réalité, indexés au rythme plus lent et ajusté de nos heures et journées.

Cette crise peut devenir l’occasion d’une conversion de nos modes de croire et de penser, de thésauriser, prévoir, accumuler, pour qu’advienne en nos vies le bouleversant désir d’une marche allégée, plus apaisée, calme et fraternelle, tournée vers l’aube toujours, ce possible lever de charité en nos chairs faites pour aimer, en vérité.

Amen

 

[1] Courrier international du 26 mars 2020 : « Repenser le monde »

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