Faut-il déplacer la date de Pâques ?
Certains l’ont proposé : au vu des circonstances, il vaudrait peut-être mieux déplacer la fête de Pâques et la reporter à des jours meilleurs. Quelle méprise !
Comme si on ne pouvait fêter Pâques que lorsque tout va bien !
Mais alors, Pâques n’aurait plus aucune raison d’être.
C’est vrai que la fête de la résurrection sera très particulière cette année. Pas de célébration, pas de repas de famille, pas même de course aux œufs ! Les traditions sont chamboulées, et il est légitime d’en être attristé.
Mais la fête de Pâques est beaucoup plus que cela. En cette période de crise, il est plus nécessaire que jamais d’en retrouver le sens profond.
La résurgence des espérances enfouies
Parce que Pâques, c’est d’abord l’histoire de la résurgence d’une formidable espérance qui s’était retrouvée enfouie au fond d’un trou. Le corps de Jésus enseveli dans un tombeau était en effet accompagné de tous les espoirs qui avaient été placés en lui.
Jésus mort et enterré : cette réalité brutale a provoqué du même coup la brisure de l’élan qui visait à construire un monde nouveau. Ce monde devait être marqué par des relations humaines plus justes et fraternelles, par une relation à Dieu plus simple et libératrice, par l’émergence d’un monde libéré de ses nombreuses dissonances, offrant une harmonie nouvelle à tous ses habitants.
D’un seul coup, tout cela s’est écroulé. Les espoirs placés en la personne de Jésus ont été anéantis au Golgotha et enterrés avec lui au plus profond de son tombeau.
Et les disciples de Jésus de se terrer eux aussi, de se confiner dans des espaces hermétiques les protégeant des railleries et des accusations.
Pour eux non plus, il n’y avait plus d’avenir possible. Ils avaient tout quitté pour suivre cet étrange Messie, et sa mort les a précipités dans un trou noir dont ils ne savaient comment ressortir.
Toute ressemblance…
Un trou noir transformé en tunnel
Et voici qu’au matin de Pâques, la chambre obscure dans laquelle ils se confinaient a accueilli un rayon de lumière inespéré. Cette lumière les a éblouis et les a fait ressortir de leur torpeur, l’un après l’autre, comme si leur trou s’était avéré avoir été en définitive un tunnel. Le matin de Pâques perce en effet nos tombeaux sans issue et les transforme en lieu de passage, comme lorsqu’on traverse un souterrain.
Par sa résurrection, le Christ vivant nous rejoint dans nos enfermements, dans nos confinements, dans nos isolements et nous entraîne à sa suite. Le tombeau vide de Pâques est ainsi d’abord le nôtre. Ni la mort, ni la peur, ni aucun des liens qui étouffent nos élans d’amour ne pourront jamais plus nous retenir d’aimer ni de vivre, dans l’élan que nous donne le Christ vivant à jamais.
La fête de Pâques ne se planifie pas, elle se vit
Ce n’est donc pas à nous qu’il appartient de fixer la date de Pâques, puisque Pâques célèbre la manifestation de la puissance de Dieu dans nos morts et dans nos trous noirs.
D’ailleurs, si la date de Pâques change d’année en année, c’est peut-être pour nous rappeler que l’évènement de la résurrection ne se planifie pas, mais qu’il se donne, qu’il nous surprend, qu’il se vit à l’improviste.
La fête de la résurrection que nous allons célébrer de façon si inhabituelle ne nous garantit pas pour autant que la lumière du Christ nous rejoindra automatiquement ce dimanche au fond de nos confinements respectifs. Mais cette fête nous rappelle que cette lumière existe et que nous saurons l’accueillir au moment où nous nous y attendrons peut-être le moins. Et que nos trous noirs se transformeront eux aussi en tunnels.
Alors, nous inspirant de ce qu’écrivait l’apôtre Paul, nous pourrons demander à notre tour :
« Qui pourrait nous séparer de l’amour du Christ ressuscité ? La détresse, l’angoisse, la pandémie, le marasme économique, la solitude, le danger, la peur du futur ? En tout cela, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. Car j’en ai l’assurance : ni la mort, ni la vie, ni notre sentiment d’impuissance face aux malheurs qui s’abattent sur nous, ni les difficultés du temps présent, ni les craintes pour l’avenir, ni les virus, ni les idées noires, ni la crise économique, ni le cynisme, ni le fatalisme, rien, absolument rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ. »[1]
Comme l’affirme un vieux refrain de Pâques : « Christ est vivant. A ceux qu'enferment les tombeaux, Il a donné la vie. »
C’est ce que je nous souhaite du fond du cœur.
Le Christ est ressuscité. Il est vraiment ressuscité. Alléluia !
Joyeuses Pâques à tous !
Christian Vez
Prière pour Pâques
Jésus, tu es le Vivant.
En ces jours de Pâques, fais ruisseler ta vie dans les nôtres pour les égayer et les fertiliser.
Nous nous sentons si secs, si figés dans nos confinements respectifs.
Fais jaillir de l’intérieur de nos cœurs cet élan qui poussa Marie de Magdala à venir annoncer l’incroyable nouvelle aux disciples terrés dans leur angoisse.
Nous nous sentons si impuissants face aux menaces qui pèsent sur nous.
Fais grandir en nous la confiance, pour qu’à l’image de l’apôtre Paul, nous puissions prendre appui sur la force de ta résurrection pour oser aller de l’avant guidé par ton Esprit.
Nous nous sentons si inquiets pour notre avenir et pour l’avenir de nos enfants.
Fais naître en nous cette espérance qui permit aux premiers chrétiens de construire une nouvelle manière de vivre, fondée sur ton amour plus fort que tout.
Nous nous sentons si tétanisés par ce monde qui échappe de plus en plus à notre contrôle.
Fais grandir en nous l’audace, pour qu’à l’image de l’apôtre Pierre, nous puissions nous précipiter joyeusement à ta rencontre sur la grève de notre horizon de vie où tu nous attends.
Ressuscite-nous, extrais-nous des tombeaux dans lesquels nous nous sommes enterrés nous-mêmes, et vivifie-nous pour que nos vies se chargent de fruits aux saveurs de ton Royaume.
Pour notre bonheur et le bonheur du plus grand nombre.
Amen

